Evaluations et anxiété scolaire : un constat accablant

Que propose alors la pédagogie Steiner-Waldorf ?

Alors que les évaluations nationales ont eu lieu en septembre dans les écoles, à différents niveaux (CP, CE1, 6ème et cette année des expérimentations dans certaines classes de CM1 et 4ème), la question de l’évaluation et de l’anxiété scolaire générée, en partie, par celle-ci a fait l’objet de différents articles de presse depuis la rentrée.


Un stress aggravé par différents facteurs

L’émission « Être et savoir », sur France Culture, a consacré une émission à ce thème : « Evaluations, bonjour l’angoisse ? ». Les invités se posaient la question de savoir ce que produit chez les adolescents le fait d’être notés, évalués, jugés, à l’école et dans leur vie.

Ils constatent tout d’abord une recrudescence de l’angoisse de performance et du refus scolaire anxieux depuis une dizaine d’années. Des jeunes se trouvent totalement assujettis aux chiffres : ils estiment leur valeur à l’aune de leurs notes.

Ce stress, qui existe depuis longtemps, a été aggravé par plusieurs facteurs récents :

  • La réforme du bac et le contrôle continu : il y a une grosse pression sur chaque note obtenue. Le professeur est un évaluateur en permanence et la démarche d’accompagnement des jeunes passe au second plan. La relation au professeur a ainsi été transformée
  • Parcoursup : le jeune se retrouve seul à devoir faire sa propre promotion (écrire une lettre de motivation et son cv)
  • Les logiciels de gestion des notes (tel que Pronote) : dès le collège, les élèves peuvent connaître leur note instantanément, dès qu’elle est rentrée dans le logiciel, avant même de recevoir leur copie. On leur communique également la meilleure et la moins bonne note, ainsi que la moyenne. Ce logiciel donne énormément de visibilité à la note des élèves et entretient un climat de concurrence et de comparaison (les élèves partageant leur note sur les réseaux sociaux). Ce climat nourrit à son tour la pression évaluative, source majeure d’anxiété de performance.
  • La prééminence des réseaux sociaux dans la vie des jeunes, où ils sont constamment évalués (sur tous les aspects de leur vie) et où ils cherchent une validité permanente des autres.

Ce système est celui d’une « pédagogie bancaire », telle que l’a décrite le pédagogue brésilien Paulo Freire, où l’on travaille pour un salaire :  la note. Le sens des apprentissages est alors complètement perdu.

Des pistes sont proposées par les intervenants : des évaluations formatives où l’on évalue par compétences (et sans note) par exemple. Ainsi que l’importance de la coopération à l’école, où les classes sont envisagées comme des collectifs apprenants : le camarade devient un pair à qui l’on peut demander de l’aide et non plus un concurrent auquel on se compare.

La note en tant que mesure des performances

Sur le site The conversation, Charles Hadji, professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes (UGA), se pose la question de savoir s’il faut continuer à noter les élèves et en quoi une note permettrait de traduire la réalité d’un apprentissage.

Il fait remarquer que la note est censée exprimer un un jugement appréciatif qui devrait à la fois traduire le plus objectivement et exactement possible la réalité d’un état ou niveau de compétence et traduire cette réalité de façon claire et opératoire. Or, la note, par sa « sécheresse » ne respecte que la deuxième contrainte et est loin d’être la meilleure façon de fournir des informations éclairantes sur l’état d’avancement de chaque élève dans ses apprentissages, en vue de l’aider à progresser.

L’auteur suppose que le système d’évaluation par notes persiste car les notes permettent de fournir des « informations « classantes », c’est-à-dire des informations permettant de comparer des individus selon leurs « performances » dans des domaines précis, en vue de procéder à des tris, ou à des choix, dans une perspective de certification, ou, plus largement, de sélection. ». Elles aident à choisir et trier (les reçus/les collés), et cela en fait un outil très commode. Mais cela ne doit pas faire oublier que la note est loin d’être une mesure assurée et indiscutable des performances scolaires.

lycée steiner
La pédagogie Waldorf privilégie l’accompagnement personnalisé et valorise, plus que la note, l’engagement individuel, la réflexion critique et personnelle et la progression dans chaque matière.

Trop de cours, trop d’évaluations, pas assez d’accompagnement

Quant à l’Obs, toute une série d’articles a été consacrée à l’anxiété scolaire. Ces articles abordent également cette problématique de l’évaluation à l’école, à côté d’autres facteurs contribuant au stress chez les jeunes. Dans l’un des articles, où la parole est laissée à des lycéens, on note parmi les griefs qu’ils adressent au système scolaire : la charge horaire trop lourde, le contenu des programmes trop encyclopédique (Ils trouvent qu’il y a un empilement de notions rendant les choses super stressantes), les évaluations trop nombreuses, trop obsédantes et pas assez constructives, l’accompagnement individualisé trop peu présent (ils se sentent seuls face à Parcoursup par exemple, et se sentent déroutés en fin de seconde face au choix des spécialités), enfin, ils regrettent l’insuffisance de l’attention portée aux corps et aux esprits.

Alors, face à ces constats, que propose la pédagogie Steiner-Waldorf ?

Tout d’abord, jusqu’en milieu de collège, voire jusqu’au lycée, la notation chiffrée n’intervient pas. Fort du constat que celle-ci n’est pas représentative des performances scolaires et du développement de l’élève, et qu’elle est source de compétition et de stress, le choix a été fait de proposer un bulletin annuel, qui se veut une appréciation positive du comportement, de l’insertion sociale dans la classe et de la vie scolaire de l’élève en général. Chaque professeur cherche à caractériser individuellement le travail accompli et les progrès réalisés.

Lorsque la notation est introduite, point de système logiciel et de mise en place de classement entre élèves. Le professeur, dans un souci de bienveillance et d’accompagnement des progrès de l’élève, prend le temps de commenter le résultat obtenu.

Un autre facteur d’anxiété est la solitude croissante, la raréfaction des liens humains, amplifiée encore à l’ère des réseaux sociaux. Là encore, la pédagogie Steiner-Waldorf cherche à y remédier, en mettant l’accent sur la coopération à l’école, notamment au travers de nombreux projets collectifs. En outre, l’accompagnement personnalisé de l’élève au lycée est au cœur du projet pédagogique : les professeurs sont présents pour accompagner le jeune adulte dans son processus d’orientation (au moment du choix des options pour le baccalauréat par exemple) ou pour l’aider à bâtir son projet d’étude (lors du choix des filières sur Parcoursup). Les nombreuses réponses positives que les élèves reçoivent à leurs vœux d’orientation témoignent de la pertinence de cet accompagnement.

© Photo bandeau du haut : Joshua Hoehne