Peut-on être un raté à 6 ans ?

Les méfaits des évaluations normatives à outrance

“Peut-on être un raté à 6 ans ?“ une interrogation choc soumise par Martina Tassone, maîtresse de conférence à l’université de Melbourne dans un article diffusé sur le site The Conversation1.


L’auteure y explique qu’en Australie, le début de la scolarité obligatoire (à partir de 5 ans) est marqué par une grande importance accordée aux évaluations qui produisent des données chiffrées, les enseignants devant apporter la démonstration que les enfants atteignent les niveaux requis. Cette « focalisation sur une évaluation formelle (…) signifie que les enfants peuvent être caractérisés comme en échec », explique Martina Tassone. La récurrence de ces évaluations formelles est également source de frustration chez les enseignants qui ont le sentiment « d’utiliser une série d’outils d’évaluation conçus commercialement ».

Cette normalisation à outrance, qui induit la multiplication des évaluations a même été nommée la « datafication » 2 par des chercheurs anglais. On retrouve ce phénomène en France avec des évaluations nationales dès le début du CP (puis encore au CE1), contestées par les enseignants car « elles peuvent en mettre en échec certains dès le début de l’année et ajouter de la pression aux enfants et aux parents » 3.

L’auteure parle également d’écoles qui s’éloignent de ces perpétuelles mesures d’objectifs au travers de tests standardisés. A l’exemple donné dans l’article nous pouvons rajouter les écoles Steiner-Waldorf dans lesquelles les élèves ne sont pas évalués de manière chiffrée jusqu’au lycée en général. Un bulletin annuel est rédigé par les professeurs, dans lequel est décrit le travail accompli et les progrès réalisés de l’élève.

Martina Tassone conclut son article en soulignant l’importance de « revisiter les premières années d’apprentissage pour s’assurer que les professeurs ont les compétences et la compréhension nécessaires pour soutenir les apprenants dans cette phase. Ces années devraient être une période où les enfants sont impliqués et enthousiastes à l’idée d’apprendre, une période de grande joie, et surtout une période où les enfants sont autorisés à être des enfants. » Des principes qui guident la pédagogie Steiner-Waldorf, fondée sur l’idée que l’enthousiasme et la confiance apportent sérénité et force aux enfants, qui éveille la joie d’apprendre et cherche à respecter au mieux les rythmes de l’enfant.

Notes