Une École Steiner au Guatemala

Au Guatemala, une école Waldorf chez les Mayas

Voyage avec le peuple du maïs

L’école de Caracol est la première école Steiner Waldorf fondée au Guatemala : elle abrite un jardin d’enfants et les six premières classes du cycle pédagogique. Colleen Donovan, éducatrice et membre du conseil d’administration de l’école nous partage quelques vécus de cette initiative pédagogique à l’autre bout du monde.


On atteint l’Escuela Caracol1 par un petit sentier de campagne qui passe à travers les montagnes entourant le lac Atitlan. Chaque matin, plus de 90 enfants empruntent le petit sentier menant à l’école, la plupart d’entre eux étant des Mayas Kaqchikel, dont les familles vivent dans la région depuis des siècles. Nous nous considérons chanceux de les voir tous les jours : beaucoup d’entre eux ne pourraient pas fréquenter le jardin d’enfants ou l’école sans le soutien de la généreuse communauté internationale des donateurs de Caracol, qui leur met à disposition des bourses d’études.

Les enfants passent par le grand portail en bois et entrent dans le jardin pour jouer avant de commencer. À l’autre bout du terrain se trouvent les deux salles de classe et les cuisines du jardin d’enfants, un poulailler, ainsi que des zones ensoleillées et ombragées où les petits peuvent jouer.

Entre les extrêmes

Ici, au Guatemala, l’année avec les enfants commence en janvier et dure jusqu’en novembre. Dans « l’espace en plein air » de Maestra Sandra2, le cours de l’année est vécu avec tous les sens. Le lien avec la nature est immédiat et constant ; même au plus fort de la saison des pluies, les petits peuvent se glisser dans des vêtements de pluie et transporter les déchets de cuisine jusqu’au poulailler. Au Guatemala, l’un des défis du travail avec le cycle de l’année consiste en cela que les quatre saisons traditionnelles n’existent tout simplement pas. Notre cycle est à la fois subtil et extrême : il y a toujours des plantes et des fruits qui peuvent être récoltés, tout comme des plantes qui sont en fleur et sur le point de porter des fruits. En six mois seulement, le pays évolue entre les extrêmes de la sécheresse et des inondations.

Fin mars, la terre est brune et sèche, avant que les chutes de pluies ne commencent. D’abord douces et hésitantes, elles prennent progressivement de la force jusqu’aux puissantes tempêtes qui surviennent souvent en mai. Avec les premières pluies, de nouvelles pousses sortent de terre et le pays redevient vert. Les lucioles illuminent le ciel nocturne. L’apparition annuelle de la fourmi zompopo aura lieu pendant la nuit, et un matin, le sol sera recouvert de millions de grandes fourmis, qui dans les 24 heures disparaîtront à nouveau de manière tout aussi mystérieuse.

Bien qu’il soit tentant de considérer cela comme une version tropicale du printemps – la réapparition de la vie en abondance après un temps de pause -, tout n’est pas si simple. La fin de la saison des pluies est considérée ici comme l’hiver, en raison des nuages bas et lourds qui empêchent la lumière du soleil de passer pendant des semaines. Mais c’est aussi le moment de la croissance vigoureuse des plantes. Le terme « été » fait référence aux jours ensoleillés de décembre, cependant les nuits de décembre sont les plus froides de l’année.

Toute tentative de faire correspondre le cycle tropical de l’année aux quatre saisons se heurte donc rapidement à des paradoxes.

Vivre avec le grain

Par conséquent, qu’est-ce qui guide notre vision du chemin de l’année ? La pluie est certes un événement important, mais elle ne suffit pas à nous guider. Une activité profondément ancrée dans la culture et représentant toujours une partie importante de la vie quotidienne ici, est le cycle agricole et en particulier le cycle des céréales. Entre la préparation du sol, les semis, les soins, la récolte et la préparation des aliments, il existe des activités en lien avec le maïs et d’autres plantes, qui ont lieu régulièrement sur toute l’année. Le maïs est un symbole puissant de la culture maya, et les Mayas se désignent eux-mêmes comme Achi Ixim, le peuple du maïs.

Chaque année, au mois de mars, les petits préparent les plates-bandes et plantent des légumes tels que les carottes et le chipilin3. Dans les mois qui suivent, ils s’occupent des plantes : ils arrosent, arrachent les mauvaises herbes et observent avec intérêt comment les pousses émergent et grandissent. Les carottes sont destinées à la casserole de soupe et font du Caldo de Pollo4 hebdomadaire quelque chose de très spécial. Les feuilles du bosquet de chipilin sont cueillies chaque semaine pour être mélangées avec la masa5 et formées en tamalitos6. Les mardis, les enfants de Caracol aident à la préparation de tortillas de maïs pour le goûter. Pendant que la masa est mélangée et formée, Maestra Sandra raconte aux enfants l’histoire de ses grands-parents qui vont dans les montagnes pour garder leur milpa7, et décrit avec des images évocatrices les tâches saisonnières. Ces images, si proches de la vie des enfants, déclenchent des conversations animées sur les milpas de leur propre famille et sur la couleur du maïs qu’ils ont planté.

Nombre des fêtes que nous célébrons tout au long de l’année concernent également l’agriculture. Les deux fêtes les plus importantes sont Pâques et la fête de la Jocote8 (fête des récoltes). Pâques est particulièrement intéressante. Au fil des ans, nous avons essayé d’aller au-delà des symboles traditionnels du lapin de Pâques et de l’œuf de Pâques – symboles qui ne correspondent pas à la géographie, à la culture ou à l’histoire de l’Amérique centrale -, pour accéder à une signification plus profonde et plus universelle de Pâques. C’est ainsi que la graine est devenue le symbole de Pâques : le retour de la vie, porté par la mort, et la résurrection de la vie dans la terre elle-même. Pour les petits enfants, la journée commence par une cérémonie maya du feu, au cours de laquelle on remercie pour la graine ainsi que pour le retour de la pluie et de la vie sur terre. Les écoliers préparent la fête de Pâques en créant leur potager les semaines précédentes. D’ici la Semaine Sainte, les premières pousses jaillissent souvent de la terre, et les petits enfants ainsi que les grands se réjouissent. Durant la Semaine Sainte, chaque famille rend visite à des amis et à des parents. De la même manière, chaque classe en visite une autre, pour partager les traditionnelles friandises de Pâques, le pain avec du miel et du chocolat.

De la gratitude pour les récoltes

La dernière fête de l’année est la fête de la Jocote, notre fête annuelle des récoltes, célébrée au début du mois de novembre. En Amérique centrale, la Toussaint (1er novembre) et le Jour des Morts (2 novembre) sont des jours de fête importants : la fête de la Jocote rassemble des éléments des deux. Avec elle sont célébrés la fin de la pluie et le retour du soleil, ainsi que les récoltes, qui commencent seulement. À cette occasion, les enfants travaillent tous sur la fabrication d’un cerf-volant, qu’ils pourront ensuite emporter avec eux en vacances. Les petits font des carrés simples qui sont maintenus ensemble avec la pâte des fruits de jocote, tandis que les élèves de la 6ème classe produisent des modèles plus perfectionnés comme des cerfs-volants en trois dimensions9. Le jour de la fête, tous les enfants, le personnel et les familles se réunissent le matin pour faire des sacrifices et dire des mots d’estime et de souvenir pour leurs ancêtres. Nous passons le reste de la journée en plein air à faire monter les cerfs-volants, à jouer à des jeux et à faire de l’artisanat. La fête se termine par un repas commun avec du maïs frais, de la citrouille, des haricots et toutes sortes de sucreries du bien-aimé Jocote. Bientôt, l’année scolaire se terminera et les enfants passeront deux mois à la maison avec leur famille. Mais avant cela, nous nous réunissons pour apprécier et savourer les fruits de notre travail et les dons de Mère Terre.


À propos de l’auteur : Colleen Donovan est éducatrice et membre du conseil d’administration de l’école Caracol. Elle est née et a grandi aux États-Unis. Depuis 2008, elle vit au Guatemala, où elle habite dans sa ferme avec son mari Shad et leur fils Gabriel.

Lien : www.escuelacaracol.org

(Erziehungskunst, été 2020 – Traduit de l’allemand au français par Claire Defèche)

Notes
  1. Note de la traductrice : École de Caracol. Toutes les notes suivantes sont de la traductrice.
  2. Maîtresse Sandra
  3. Le chipilin est une plante comestible à l’odeur forte, originaire d’Amérique centrale, largement utilisé pour préparer du riz, des ragoûts, des soupes et des tamales.
  4. Bouillon de poulet
  5. Pâte à base de maïs.
  6. Papillotes végétales à base de saindoux et de farine de maïs, fourrées de diverses façons selon les régions.
  7. Champ.
  8. La jocote est un fruit très populaire au Guatemala, dont la saveur un peu acide est très agréable.
  9. « Boxdrachen » dans le texte allemand.