la pédagogie steiner waldorf évaluée par la recherche scientifique et universitaire

Que deviennent les anciens élèves Steiner Waldorf ?

Tour d’horizon des études réalisées dans le monde

La pédagogie Steiner-Waldorf prépare-t-elle convenablement les enfants aux études supérieures et à l’acquisition d’un métier ? Cette question a fait l’objet depuis le début des années 2000 de la part de la recherche universitaires de nombreuses enquêtes de terrain. Toutes s’accordent à dire que la pédagogie Steiner-Waldorf influence positivement la poursuite des études supérieures et la qualification professionnelle. Tour d’horizon des études les plus récentes et les plus représentatives en terme d’échantillons.


L’étude suédoise

Le professeur Bo Dahlin de l’Université de Karlstad a dirigé une étude auprès de près de 600 anciens élèves Steiner-Waldorf 1, la plupart ayant suivi le cursus complet jusqu’en 12e classe (18 ans). Cela a permis de constater que 58% des anciens élèves des écoles Steiner ont poursuivi leur scolarité dans l’enseignement supérieur. Ce pourcentage est de 11% supérieur à la moyenne nationale. Les choix d’orientation sont variés : médecine, ingénierie, économie, droit, enseignement, arts… Les anciens élèves sont moins anxieux face aux examens et font rarement de l’apprentissage « par cœur » comparé aux étudiants venant du système traditionnel. Enfin, ils sont davantage impliqués dans leurs études, notamment en raison de leur choix d’orientation : ils choisissent leur voie en fonction de l’intérêt qu’ils portent à la matière et non en fonction des débouchés sur le marché de l’emploi. Parmi les capacités et qualités cultivées durant leur scolarité Steiner-Waldorf, les anciens élèves soulignent le développement de la confiance en soi, de la capacité d’apprendre à apprendre, de la capacité à appréhender une information de manière critique.

Les anciens élèves sont moins anxieux face aux examens et font rarement de l’apprentissage « par cœur » comparé aux étudiants venant du système traditionnel.

Les auteurs concluent, suite à cette enquête, que les écoles Steiner-Waldorf offrent une bonne préparation pour l’université : la majorité des anciens élèves affirment que leur scolarité a contribué de manière positive à développer les compétences nécessaires à l’adaptation à l’enseignement supérieur.

Une grande étude allemande

L’étude dirigée par le professeur Heiner Barz de l’Université de Düsseldorf « Les diplômés des écoles Waldorf, une étude empirique sur l’éducation et les parcours de vie »2 est sans doute la plus détaillée et approfondie à ce jour. Près de 14 chercheurs ont analysé un important volume de données recueillies auprès de plus de 1000 anciens élèves Steiner-Waldorf, pour investiguer un large panel de thématiques : devenir professionnel, choix de vie, convictions personnelles, impact de l’éducation sur la santé, vécu de leur scolarité etc.

Une grande étude allemande sur le devenir des anciens élèves steiner waldorf
L’étude disponible ici

Concernant le devenir professionnel, l’étude conclue notamment à une « haute performance pédagogique de ce type d’école, mesurée par des critères formels : Presque tous les élèves Waldorf poursuivent leurs études après l’école Waldorf, et dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une formation universitaire qu’ils terminent apparemment avec succès et qui les conduit aux professions appropriées. En comparaison avec l’ensemble de la société, le nombre de diplômés en possession d’un diplôme universitaire peut rivaliser avec n’importe quel lycée. »

Du point de vue de la carrière de ses diplômés, l’école Waldorf peut sans aucun doute être satisfaite de ses résultats scolaires : « l’écrasante majorité des anciens élèves parviennent à suivre des études ambitieuses après avoir quitté l’école Waldorf et à exercer ensuite dans des professions exigeantes.»

On constate une grande diversité de métiers : santé, éducation, sciences et techniques etc. avec la précision suivante : « Il est remarquable de constater la forte proportion de directeurs généraux, de chefs de projets et de départements dans le groupe professionnel des entrepreneurs et des organisateurs. Elle témoigne de la capacité des anciens élèves Waldorf à occuper des postes de direction dans une large mesure – apparemment aussi dans le monde des affaires. »

En comparaison avec l’ensemble de la société, le nombre de diplômés en possession d’un diplôme universitaire est énorme et peut rivaliser avec n’importe quel lycée.

Concernant le rapport des anciens élèves à l’école Steiner-Waldorf, « L’éducation et l’apprentissage ont donc des connotations très positives et les anciens élèves soulignent souvent qu’ils ont reçu un très bon équipement de base pour la vie. Cela inclut également des compétences clés pertinentes pour la vie quotidienne, telles qu’une attitude positive envers la vie, une confiance fondamentale dans ses propres capacités, l’indépendance et l’adaptabilité. »

Pour finir, l’étude réalisée tord également le coup aux rumeurs sur la place et le rôle de l’anthroposophie dans la pédagogie Steiner-Waldorf : « Finalement on peut considérer qu’un argument parfois utilisé par les critiques à l’encontre des écoles Waldorf a été une bonne fois pour toute contredit par notre étude : les écoles Waldorf sont tout sauf une institution de recrutement pour le mouvement anthroposophique »3

Grande étude américaine sur le devenir des anciens élèves steiner waldorf Les études américaines

La dernière en date a eu lieu en 2018, dirigée par les professeurs Ilan Safit et Douglas Gerwin, a porté sur 1066 anciens élèves Steiner-Waldorf4, la majorité ayant effectué la totalité du cursus pédagogique. Les résultats ont pu être comparé avec les données concernant l’ensemble de la population américaine et les autres systèmes pédagogiques. Il en ressort les constats et conclusions suivantes : 88% des anciens élèves ont obtenu au moins une licence lors de leurs études universitaires, contre 35% sur l’ensemble de la population américaine. Les secteurs professionnels choisis par les anciens élèves sont divers et variés. 95% des anciens élèves se sont sentis préparés pour les études supérieures et 87% recommanderaient la pédagogie Steiner-Waldorf à leur proches. Le taux de diplômes et de qualifications dans le domaine des sciences et de la technologie plus important que dans les autres écoles privées. L’ouverture d’esprit, la créativité et l’innovation sont, d’après les anciens élèves, les trois qualités majeures qu’ils ont pu développer dans un établissement Steiner-Waldorf, au côté de solides compétences en communication et dans la résolution des problèmes.

Des études françaises

Rebecca Shankland, auteur d'une étude sur le devenir des anciens élèves Steiner Waldorf
Rebecca Shankland, professeur d’université en psychologie du développement, Lyon 2

En 1994, une première étude réalisée par Juanna Finkelmeyer à l’Université March Bloch de Strasbourg5, portant sur 86 anciens élèves issus de 4 établissements Steiner-Waldorf en France a abouti aux constats suivants : les choix d’orientations des anciens élèves sont très diversifiés, tant dans les études entreprises que dans les professions exercées. Des « effets de l’école Waldorf mesurés sur les anciens élèves éminemment positifs tant sur le plan des acquis personnel et humain que sur celui de leur vécu à l’école » : « une remarquable implication des élèves dans la vie sociale et culturelle » qui témoigne de « leur capacité à prendre part de façon active, créative et réaliste aux faits sociaux. » 6

En 2007, un travail plus conséquent a été réalisé par le professeur Rebecca Shankland7, qui a soutenu à l’Université Paris VI une thèse intitulée « Adaptation des jeunes à l’enseignement supérieur – Les pédagogies nouvelles : aide à l’adaptation ou facteur de marginalisation ? »8.
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Une remarquable implication des élèves dans la vie sociale et culturelle.

À l’issue d’une étude comparative menée auprès d’anciens élèves du système scolaire classique et d’autres issus de courants pédagogiques alternatifs, dont 87 anciens élèves Steiner-Waldorf, elle aboutit à la conclusion suivante : « Les anciens élèves issus des pédagogies nouvelles s’adaptent mieux à l’entrée dans l’enseignement supérieur que les sujets du système traditionnel. Ils présentent un meilleur bien-être psychologique (niveau d’anxiété et de dépression plus faibles, et satisfaction de la vie plus grande), et des performances scolaires supérieures aux autres sujets de l’étude (résultats obtenus au premier semestre universitaire). »

Son étude fait apparaître une spécificité quant à la pédagogie Steiner-Waldorf : « la différence entre Steiner et Ecoles nouvelles / Montessori concernant les résultats universitaires est significative en faveur des sujets issus de Steiner ».

Portrait type de l’ancien élève : il aime apprendre !

Les élèves issus de la pédagogie Steiner-Waldorf ont un bagage de connaissances théoriques parfois moins étoffés qu’ailleurs à l’issue du cursus, mais ils le compensent rapidement par leur capacité d’adaptation et leur goût des études. C’est sans doute le point le plus convergent de toutes les études réalisées sur les anciens élèves : la pédagogie Steiner-Waldorf semble stimuler directement l’enthousiasme pour les études. D’autre part, des valeurs comme la créativité, l’ouverture d’esprit et les compétences sociales sont souvent citées comme des fruits clairement identifiés de cette pédagogie.

Notes
  1. Dahlin, Bo. (2007). The Waldorf School – Cultivating Humanity? : A report from an evaluation of Waldorf schools in Sweden.
  2. Barz, Heiner & Randoll, Dirk. (2007). Absolventen von Waldorfschulen: Eine empirische Studie zu Bildung und Lebensgestaltung. 10.1007/978-3-531-90658-4.
  3. voir l’article la pédagogie Steiner-Waldorf, une dérive sectaire ?
  4. Into the World – How Waldorf Graduates fare after High School – Waldorf Publications – ISBN: 978-1-943582-90-7
  5. Finkelmeyer J. (2001). L’école Waldorf en France vue et vécue par ses anciens élèves : devenir social et professionnel des anciens élèves Waldorf, Mémoire de maîtrise Université Marc Bloch
  6. ceci a été confirmé en 2021 par l’étude allemande menée par l’Université d’Alanus
  7. Rébecca Shankland est maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’université Pierre Mendès-France (Grenoble), elle est aussi psychologue clinicienne, spécialisée dans le domaine des addictions et de l’éducation pour la santé
  8. Thèse de doctorat Psychologie clinique et Psychopathologie Paris 8 2007; 2007PA082786